Les deux villes de Carcassonne

Carcassonne dans le département de l'Aude
Le département de l’Aude

Les deux Carcassonne

Entre Toulouse et la Méditerranée, Carcassonne se dresse, charmante et chaleureuse, nous invitant à passer ses portes. Et quand on a le bonheur de marcher dans les murs de la Cité, on se prend à rêver Moyen-Âge. Mais on est souvent loin d’imaginer le visage qu’elle pouvait avoir il y a quelques huit cents ans. De nombreux secrets, en effet, se cachent dans les murs de la Cité de Carcassonne. L’un d’entre eux est qu’il n’y a pas une, mais deux villes de Carcassonne.

La Cité de Carcassonne vue de loin
Une vue d’ensemble de la Cité de Carcassonne

L’une en face l’autre…

Oui, les carcassonnais savent bien qu’il existent deux Carcassonne : la Cité d’un côté et la ville-basse de l’autre. Et il n’y a pas que le fleuve Aude, coulant nonchalamment aux pieds des murailles antiques, qui sépare ces deux agglomérations. Il y avait, à l’époque, deux consulats, deux systèmes de fortification, et deux populations bien distinctes pour chacune des communautés. L’une est tournée vers le passé, l’autre supplantant petit à petit la première va de l’avant. La limite des deux villes se situait autrefois sur le Pont-Vieux, où pouvaient être signés des traités de paix ou des accords. C’est à cet endroit, en effet, que se retrouvaient les belligérants des deux villes, en cas de conflits, pour ratifier ce genre d’écrits. Les deux villes ne fusionnent qu’en 1800.

La Cité de Carcassone avec le fleuve Aude
La Cité de Carcassonne avec au premier plan le fleuve Aude et le Pont-Vieux.

La Cité

Au départ, donc, il n’y avait que la Cité fortifiée à Carcassonne. Elle ne possédait alors qu’une seule rangée de murailles (contre deux aujourd’hui). Attenants à celles-ci, il y avait également deux quartiers pourvus eux aussi de remparts, que l’on appelait « faubourgs ». L’un de ces faubourgs portait le nom de Saint-Vincent et l’autre celui de Saint-Michel.

La ville au main du roi

Carcassonne, jusqu’au début du 13ème siècle, était assez indépendante vis-à-vis de la royauté. Elle était gouvernée par la ligné des vicomtes de Trencavel, qui possédaient aussi les villes d’Albi et de Béziers. Tout cela changea après une croisade lancé par l’Église contre les hérétiques de la région. Lors de cette guerre, qui toucha une partie du Sud Ouest de la France, les villes durent se soumettre aux croisés. Carcassonne ne fit pas exception, et après seulement 15 jours de siège, Raymond Roger Trencavel se rendit et la ville fut prise. On y installa alors une sénéchaussée, représentant l’autorité du roi de France et qui centralisait sa politique sur ces domaines nouvellement conquis.

Le siège du vicomte

Ayant été dépossédé de ses biens, Raymond, fils du vicomte Raymond Roger Trencavel, tenta le tout pour le tout afin de reprendre ce qui appartenait à son père. Il lança alors un assaut contre la Cité, et les habitants des faubourgs, qui lui étaient favorables, lui ouvrirent leurs portes. Raymond, le jeune vicomte, put alors lancer ses attaques au plus près des murailles de la Cité. Mais à la nouvelle de l’arrivée du roi de France Louis IX, Raymond Trencavel leva le siège sans avoir pu prendre Carcassonne.

La punition de Saint-Louis

Saint-Louis, peu après la levée du siège, rasa les faubourgs, et en expulsa les habitants. Il leur fit ainsi regretter d’avoir accueilli aimablement le jeune vicomte Trencavel. Le roi constata par cette malheureuse aventure, qu’une fois les faubourgs aux mains ennemies, les murailles étaient beaucoup trop accessibles. Louis IX, entreprit dès lors, une campagne de consolidation, et de remaniement des fortifications existantes. Il entama également l’ambitieux projet de doubler la première enceinte, par une seconde autour de celle-ci. La nouvelle ceinture de muraille, obligerait désormais les attaquants à lancer leurs offensives de plus loin.

Les deux enceintes de la Cité de Carcassonne
Sur cette image nous pouvons voir les deux enceintes de la Cité de Carcassonne

La bastide Saint Louis

Et donc les deux villes de Carcassonne ? C’est alors, qu’il est temps de vous parler de la bastide Saint-Louis, ou ville basse. Sept ans après l’assaut mené par le jeune vicomte, Saint-Louis autorisa les habitants des anciens faubourgs à résider sur la rive gauche de l’Aude en bâtissant une ville nouvelle, une bastide. Le roi la souhaitait dynamique et commerçante, capable de rivaliser avec Montpellier, qui était alors rattachée à la couronne des rois d’Aragon. Étant une bastide, Carcassonne se développa selon un plan très ordonné qui dessine un joli quadrillage vu du ciel. Elle porterait désormais le nom du roi Saint-Louis. Les juifs reçurent l’autorisation de s’y établir mais la noblesse dut résider dans la Cité. Dans la ville basse, furent érigées deux églises, l’une Saint-Vincent, l’autre Saint-Michel, rappelant les noms des deux faubourgs détruits par le roi.

Ce sont donc bien deux villes de Carcassonne qui cohabiteraient désormais l’une face à l’autre.

Les deux villes de Carcassonne
La bastide de Carcassonne vue du haut de l’église St-Vincent, avec en fond la Cité

 

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