La traite négrière en France, Comment s’organisa-t-elle ?

La traite négrière est une période bien triste dans l’histoire de la France et du monde. Et notre Sud Ouest n’a pas été étranger à ces pratiques. Bordeaux fut même une étape clef dans la logistique de l’esclavage. Pourquoi la traite négrière débuta-t-elle ? Comment s’organisa ce monstrueux commerce ?

Je vous propose un petit résumé de ce que fut la traite négrière. Les différentes nations européennes ont eu recours aux mêmes méthodes. Et la France ne fit pas exception.

Traite négrière France

Table des matières

Les débuts de la traite négrière

En fait, la traite négrière occidentale ou traite coloniale européenne débute à partir de 1415. C’est à cette date que des Portugais explorent les côtes africaines. Ils commencent alors à y acheter des hommes pour les enrôler de force dans leurs colonies. Ces esclaves sont donc tout d’abord envoyés au Cap-Vert, aux Canaries et à São Tomé. Les Portugais développent ainsi un trafic d’êtres humains sur une petite échelle.

La demande en sucre à cette époque étant en constante augmentation, les Portugais commencent à cultiver de la canne à sucre sur leur colonie de Madère, mais les terres s’épuisent rapidement. 

La découverte du Nouveau Mondetraite négrière Bordeaux

L’événement qui va réellement développer la traite négrière est la découverte du Nouveau Monde au 16ème siècle. Les immenses surfaces alors disponibles vont permettre un système économique agricole qui fournira l’Europe en toutes sortes de denrées. Par exemple, on produira de façon intensive du tabac, de l’indigo, du café ou du sucre. Le climat est en effet propice à ce genre de cultures et comme on l’a dit, la place ne manque pas.

Pourquoi des Africains ?

Les exploitations demandèrent toujours plus de travailleurs. L’idée est donc rapidement trouvée d’exploiter des hommes pour travailler de force dans ces plantations. Pourquoi ne pas avoir utilisé la main d’œuvre locale ? Comme on le sait, les indigènes furent décimés à cause des maladies importées par les Européens ou à cause de violences. De fait, il fallut trouver un autre gisement de matière humaine. Les Africains, quant à eux, étaient habitués au climat.

Tous les pays Européens en viennent rapidement à cette conclusion : il faut utiliser ces hommes. D’autant que les Africains s’achètent déjà sur le marché de l’esclave. Se met alors en place une organisation très spéciale pour les amener dans les différentes colonies des Amériques.

Comment s’organise la traite négrière

Pendant près de 150 ans les Portugais vont être les seuls à organiser le commerce des Esclaves Noirs. Mais par la suite, d’autres nations se lancent. 90% de ce commerce sera assuré par l’Angleterre, l’Espagne, le Portugal et la France. En fait, toutes les nations ayant des colonies dans le Nouveau Monde vont pratiquer la traite négrière.

L’Afrique

Les navires partaient de différents ports d’Europe en direction de l’Afrique. Ils étaient équipés et armés (pour faire face en particulier aux pirates durant le voyage). Ensuite, ils partaient chargés de produits à échanger avec les rois africains une fois sur place. Ce pouvait être des armes, des métaux, des bijoux, des tissus ou de l’alcool. Ces navires étaient tout simplement des navires de commerce adaptés au transport d’êtres humains.

Les bateaux arrivaient dans différents points : au large du Sénégal, en Angola, au Mozambique ou encore dans le Golfe de Guinée. Les intermédiaires africains quant à eux, apportaient des prisonniers de guerre sur les côtes. Là, ils les négociaient avec les Européens au meilleur prix. Les premiers maillons de la traite négrière étaient donc des Africains qui opéraient des razzias dans des villages. Ils vendaient ensuite leurs prises, hommes, femmes et enfants, comme esclaves aux caravaniers ou directement aux « Blancs ».

Transport d’esclaves en Afrique centrale
Rudolf Cronau, Public domain, via Wikimedia Commons
Traite négrière France
Le marché aux esclaves de Zanzibar
Émile Bayard (1837-1891), Public domain, via Wikimedia Commons
Marché aux esclaves de Zanzibar, deuxième tiers du XIXe siècle.                                            Bojan Brecelj/Corbis, Public domain, via Wikimedia Commons
Femmes esclaves à Zanzibar, vers 1895
J. Barnett & Co., Public domain, via Wikimedia Commons

Le statut de l’esclave

Les captifs étaient désignés sous le terme de « pièce d’Inde ». Les enfants valaient entre un tiers et une demie pièce d’Inde. Les femmes, elles, valaient entre une demie et deux tiers de pièce d’Inde. Cette appellation déshumanisait cette « marchandise ».

Selon le Code Noir de 1685 (code régissant la traite négrière dans les colonies appartenant au royaume de France), l’esclave est un bien meuble (art. 44). Il partage alors le même statut légal que les bestiaux. En effet, une fois la poitrine marquée au fer rouge des initiales du maître, l’esclave est assimilé au bétail de la plantation. Sa valeur variait en fonction des pays négociants, des ethnies achetées, des époques, des vendeurs, etc…

Vers les Amériques puis l’Europe

Une fois les navires remplis, ils repartaient vers les colonies outre-Atlantique. Arrivée sur place, la cargaison (ou ce qu’il en restait) était déchargée. Après une quarantaine, les esclaves étaient vendus aux planteurs. Puis, les navires retournaient en Europe chargés de marchandises produites sur place. Ce système fut appelé « le commerce triangulaire ».

Le commerce triangulaire
Triangular_trade.png: SémhurWorld_map_-_low_resolution.svg: Al MacDonald [1]/ twitter account @F1LT3Rderivative work: Jon C, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Les mauvais traitements

Les planteurs qui en devenaient les propriétaires, avaient sur le « Noir » un droit et un pouvoir total. Les supplices, rares en Europe, devinrent dans les colonies une pratique très ordinaire. Les plantations connurent un exceptionnel déferlement de violence en vue de soumettre les individus.

Le planteur avait le même droit de vie et de mort qu’un Souverain sur ses sujets. Peu de maîtres étaient punis. Au mieux, les bourreaux étaient contrains de payer une amende. Une circulaire officielle du 17ème siècle disait ceci : «  Il serait dangereux de donner aux nègres le spectacle d’un maître puni pour des violences commises contre son esclave  » Pour sauver les apparences, la mort d’un supplicié passait souvent pour un accident.

Traite négrière france
Tableau de Marcel Verdier, 1843 « le châtiment des quatre piquets »
Marcel Verdier, Public domain, via Wikimedia Commons

Mais les Européens n’avaient pas le monopole des exactions. En effet, des esclaves affranchis possédaient eux aussi des plantations.  Ils se montraient alors capables de la même cruauté que les « Blancs ».

Plus le nombre d’esclaves dans une région ou dans une plantation était élevé, plus la minorité des maîtres recourait à la terreur pour asseoir sa domination. Et n’oublions pas que les déportations, les massacres, les supplices, les viols, les surexploitations de l’esclavage ne sont pas le fait du hasard. Au contraire, ce système fut conçu et mis en place par des sociétés « civilisées » qui organisèrent une logistique ignoble et d’innommables méthodes pour assujettir ce « bétail » humain.

La traite négrière et la France

Bordeaux fut l’une des places clefs dans la traite négrière en France. Quel fut le rôle exact de cette ville et pour quel profit ? Partons immédiatement pour le Bordeaux du 18ème siècle au temps de la traite négrière →

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