À la découverte du peuple Ligure

Pourquoi le peuple Ligure est-il si peu connu ? Avons-nous des traces de leur culture ? Que savons-nous de leur organisation sociale et de leur religion ?

Découvrons-en un peu plus sur eux.

Cité lacustre Ligure
Musée en plein air sur le lac de Constance, dans la commune d’Uhldingen-Mühlhofen
Rufus46, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons


Petit avertissement pour les photos :

Toutes les photographies présentées dans cet article, ne concernent pas explicitement des réalisations Ligures. Les illustrations concernant directement  les Ligures sont assez rares, du fait qu’il s’agit d’un peuple mal connu. Les photos sont surtout là pour illustrer un propos. Merci de votre compréhension.


Table des matières

    1. Le Ligure dans la toponymie
    2. Les Ligures et la guerre
    3. Organisation communautaire chez les Ligures
    4. Le culte Ligure
    5. Quelques tribus Ligures de Sud Ouest de la France

Le Ligure dans la toponymie

Le terme Ligure est attribué à de nombreuses peuplades aux mœurs très différentes. Pourtant, elles devaient au moins se rassembler sous la bannière commune de la langue. Cependant, la langue Ligure est sujette à beaucoup de questions. En effet, elle n’est pas parvenue jusqu’à nous. Mais en étudiant certains indices, nous pouvons avoir une idée plus précise de leur sphère d’influence. Voici donc quelques exemples de similitudes toponymiques (Noms de lieux d’une région) dans des endroits très différents.

Les indices linguistiques du Ligure

Nous avons encore aujourd’hui des indices linguistiques tout à fait intéressants dans des régions très éloignées les unes des autres. Ainsi, on retrouve une multitudes de noms de lieux, de montagnes et de rivières qui ont une origine assez similaire. En voici trois exemples parmi tant d’autres :

    • Citons en premier lieu le mot div. Il fut notamment donné à des noms de fleuves ou de rivières tels que la Dives de Normandie, la Divettes de l’Oise et dans le même registre, la Deva sur la côte basque espagnole. Nous avons aussi Divonne-les-bains à côté du lac Léman ou Divona qui désignait autrefois la ville de Cahors.
    • Deuxième exemple : le mot isar. Nous le retrouvons dans l’Isère des Alpes, dans l’Oise (anciennement appelé Esera ou Isara), ainsi que dans l’Isar de Bavière. À priori, ces différents noms viendraient du terme isara qui semble composé de deux radicaux is et ar donnés habituellement à des noms de rivières.
    • En dernier lieu, parlons de l’Aventin de Rome, de l’Avance qui est une rivière du sud-ouest de la France, d’Avenza, une ville en Toscane, d’Avenches, une autre ville de Suisse. Ces différents noms dérivent tous du même terme Ligure.

La langue s’est confondue avec d’autres ou a disparu, mais pas les noms primitifs. En fait, les anciens maîtres des lieux ont souvent transmis les noms des rivières, des lacs et des montagnes aux nouveaux arrivants.

Le peuple Ligure et la guerre

Mais pourquoi les Ligures furent-ils aussi souvent refoulés ? Que valaient-ils donc au combat ?

Leurs armes

Le peuple Ligure n’était pas profondément guerrier. En effet, ils n’utilisaient pas l’épée (ou rarement). Les Ligures ne possédaient pas les armes propres aux nations plus agressives, telles que le bouclier, la cuirasse ou le char de guerre. Ils ont préféré conquérir leur environnement plutôt que les territoires des autres. Aucune invasion n’est partie de leur pays et bien au contraire, ce peuple fut souvent refoulé ou assujetti. Malgré tout, les seules expéditions qu’ils menèrent furent maritimes.

Leur matériel militaire évolua peu. À cet égard, notons peut-être une petite amélioration au contact des Celtes venus de Hollande, puisqu’ils adoptèrent l’usage des poignards triangulaires en cuivre. Les Celtes leur ont également fait connaître l’utilisation de brassard d’archer en schiste pour protéger leur avant-bras contre le frottement de la corde après le tir.

Au milieu du IIème millénaire av. notre ère, les Celtes du Rhin moyen popularisent l’usage du bronze chez les Ligures Lüscherziens de Suisse. Armés ainsi de haches en bronze, ils prennent facilement le dessus sur les autres Ligures du Sud de la France.

Poignards et haches en alliage cuivreux, brassard d’archer en tôle d’or, aiguisoir en schiste et pointes de flèches armoricaines en silex du tumulus de La Motta (Lannion, Côtes-d’Armor). Mobilier exposé au Musée d’Archéologie Nationale de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines)
Clemclem29, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Les Ligures face aux envahisseurs

Même s’ils pouvaient se montrer d’excellents guerriers, les Ligures en général n’ont pas été capables de tenir tête durablement aux armées d’envahisseurs. En cause : le manque de volonté commune de s’unir durablement face à une menace ennemie. Ce n’est pas que les Ligures furent moins vaillants. Ils étaient en effet de bons archers et de bons frondeurs, ainsi que d’infatigables fantassins. Mais les Celtes répondaient à cela par une utilisation d’une arme de corps à corps : l’épée. De plus, dans leur arsenal, les Celtes possédaient le char de guerre et une cavalerie structurée. Par ailleurs, une stratégie militaire longuement éprouvée fit aussi la différence.

Nous ignorons comment se déroula la conquête progressive du territoire Ligure par les Celtes. Si les Ligures n’ont pas laissé d’écrits, les Celtes non plus car ils étaient totalement réfractaires à l’écriture. Cependant, quelques échos de batailles furent rapportés par des observateurs des côtes de la Gaule. Mais pour ce qui est de l’intérieur des terres, nous ne savons pas comment se passa la conquête gauloise.

Toujours est-il que les Celtes et les Ibères ont pris pour eux les meilleures terres, reléguant ainsi les Ligures en haut des montagnes, dans les forêts, dans les landes ainsi que dans les régions marécageuses. En résumé, dans les parties du pays les moins attractives.

Quand les Ibères venus du delta de l’Èbre, s’établirent dans le Sud Ouest de la France, ils prirent pour eux Bordeaux ainsi que les meilleures terres de Gascogne et d’Aquitaine. Il ne restait aux Ligures Boïens que les bords de mer du bassin d’Arcachon. Les Médulles, quant à eux, durent se contenter des étangs du Médoc et les Tarbelles, des Landes et des Pyrénées. Au Sud-Est de Bordeaux, les Ligures Vasates ne possédaient que les bois du Bazadais.

Organisation communautaire chez les Ligures

Les agglomérations ligures n’étaient pas forcément des lieux de résidence permanente. Elles possédaient souvent deux fonctions bien distinctes : la première, celle de marché et l’autre, celle de refuge.

Les marchés

Les grandes localités étaient donc plutôt d’immenses greniers que des groupements de maisons. Ces « villes » se formaient surtout autour des sources et des bonnes terres. À ces endroits se trouvait le marché pour échanger, stocker et acheter produits et outils. Ces centres d’échanges étaient situés en terrain assez ouvert et facile d’accès. Les carrefours des grandes routes, les embouchures ou les confluents de rivières ainsi que les ports ont favorisé ce genre de concentration urbaine. Ainsi, on peut imaginer que Marseille, Narbonne ou Bordeaux, furent des lieux de rendez-vous privilégiés des tribus Ligures.

Il faut noter que dans ce contexte du commerce ligure, les marchands avaient peut-être une place à part. En effet, ils pouvaient se déplacer librement entre les tribus et passer même par des routes peu sûres sans être inquiétés. Sans doute que leur fonction fut l’objet d’un grand respect.

Les refuges

D’autre part, nous trouvons chez les Ligures, des villes qui avaient la fonction de refuge. Dans les pays montagneux, ces oppidums étaient placés sur les hauteurs. Dans les endroits plus découverts, les îles des fleuves assuraient un abri naturel assez important pour l’époque. Les marais et les tourbières offraient également d’excellents abris. l’Ile de la Seine à Lutèce (Paris) qui était autrefois situé dans un pays marécageux, ne fut rien d’autre que le lieu de refuge de la tribu Ligure des Lutetia.

Ces abris étaient essentiellement là pour protéger de façon ponctuelle les femmes, les enfants et le bétail en cas d’attaques. Ce genre de protection dut suffire avant l’arrivée des Celtes, des Ibères et des Romains.

Tournasol7, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Tournasol7, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Pech Maho est un oppidum des Ligures Élisyque dans le Languedoc près de Sigean

La communauté ligure

Chez les Ligures la propriété privée n’est pas attestée. Les anciens citent rarement le nom de leurs chefs. Ils résistèrent aux Romains aussi bien que les Gaulois et ont même remporté d’étonnantes victoires, mais aucun roi n’en a revendiqué la gloire. L’ensemble des peuples, dont les Celtes se personnifiaient derrière la figure d’un de leur héros-guerrier. Les Ligures, eux, n’en ont pas ressenti le besoin. Il semble que l’individu s’effaçait au profit de l’intérêt bien plus grand de la communauté.

Les Ligures obéissaient peut-être à des anciens, à des chefs ou à des rois héréditaires. Peut-être étaient-ils chefs de famille, de clan, prêtres ou chamans. Il est possible aussi que l’organisation sociale d’une tribu à une autre ait été très différente. En tout cas les castes dirigeantes ne dominaient que sur de petits territoires qui ne comptaient que quelques milliers d’hommes, rien de plus.

Le culte Ligure

Comme beaucoup de peuplades de cette époque (et des suivantes), les Ligures adoraient une multitude de dieux et de déesses.

Parmi leur panthéon citons « la grande déesse » adorée également par les Basques d’autrefois sous le nom de Maya*. Sur le mont Bego dans les Alpes, les Ligures ont adoré le dieu-taureau et dans le val Camonica, en Italie, le dieu-cerf. Ils vénéraient également le serpent à tête de bélier, version occidentale de la vipère cornue vénérée en Orient.

*Les Basques, en effet, sont peut-être des descendants d’une de leurs tribus : les Vascons.

Mont Bego culte Ligure
Le Mont Bego en Italie
Riotforlife, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

La nature

La nature était aussi l’objet d’une adoration particulière. Le culte des sources s’associait souvent à celui des collines d’où elles étaient issues. La sources et la colline portaient alors le même nom. Peut-être pour les Ligures y avait-il un même Esprit pour les deux lieux. La Terre, le Soleil ont dû aussi être adorés de façon particulière.

En prenant la terre des Ligures, les Celtes et après eux les Romains, ont incorporé leurs dieux et leurs cultes. Rien d’étonnant à cela car même le christianisme d’aujourd’hui a absorbé bon nombre de rites romains. Et les Romains les ont peut-être eux même adoptés à partir de rites plus anciens.

Par exemple, quand les Chrétiens célèbrent la naissance du Christ le 25 décembre aux jours du solstice d’hiver, ils le font à la période où les Romains avant eux célébraient leurs Saturnales. Ces fêtes en l’honneur du dieu Saturne étaient les festivités les plus importantes de la Rome antique. Pour eux, Saturne (du mot « Sator« , qui signifie « le semeur ») aurait enseigné l’agriculture aux Romains. Mais les origines de cette fête se perdent peut-être dans la nuits des temps.

Défunts et pierres plantées

Pour leurs défunts, les Ligures ont parfois utilisé des dolmens, certains d’entre eux accueillant des sépultures. Dans d’autres endroits, ou à d’autres époques, les tombeaux avaient la forme de coffres en pierres placés sous des tumulus. Les Ligures ont également planté des pierres dans le sol, les menhirs ainsi que des statues-menhirs.

Statue menhir Ligure
Statue-menhir de Saint-Sernin-sur-Rance, musée de Rodez dans l’Aveyron
Siannan13, CC0, via Wikimedia Commons

Nous avons encore beaucoup à découvrir sur ce peuple mystérieux. Espérons que de nouvelles découvertes continueront d’enrichir notre connaissance si parcellaire des Ligures.

Quelques tribus issues du peuple Ligure dans le Sud Ouest de la France :

Cette liste est loin d’être exhaustive par manque de sources ou d’informations plus précises. Gardons aussi à l’esprit qu’il est probable que ces tribus soient Ligures, mais sur ce point on ne peut pas être totalement affirmatif.

En Aquitaine

    • Les Vascons occupaient l’actuel Pays Basque et ses alentours.
    • Les Tarbellis ou Tarbelles peuplaient la Grande-Lande, la Chalosse, le Pays de Gosse, le Pays d’Orthe, le Maremme et le Labourd. Leur capitale se situait à Dax dans le département des Landes.
    • Les Médulles se situaient dans l’actuel Médoc en Gironde. Ils finirent par se fondre plus tard avec les Celtes Bituriges Vivisques qui avaient pour capitale Bordeaux.
    • Les Boïens ou Boiate. Ils avaient pour capitale Boios dans le Pays de Buch autour du bassin d’Arcachon et habitaient peut être aussi le pays de Born dans les Landes.
    • Les Vasates peuplaient le Bazadais à cheval sur les départements de la Gironde et du Lot-et-Garonne.

En Occitanie

    • Les Élisyques. Ils possédaient Narbonne comme capitale ainsi qu’au moins Béziers comme autre ville. Leur pays fut ruiné et ravagé, peut être par l’arrivée de la tribu Celte des Volques Tectosages dans la région. Les ruines de l’oppidum de Pech Maho (voir plus haut) n’ont pas révélé de vestiges datant des Romains. Cela montre que le site fut abandonné avant leur arrivée.
    • Les Sordes ou Sordons, étaient établis dans les plaines du Roussillon dans les Albères et le Vallespir, dans les Pyrénées-Orientales. Ils avaient pour capitale Ruscino (qui donna le nom au Roussillon) actuellement Château-Roussillon, rattaché aujourd’hui à Perpignan.

Voir l’article : « La Gaule avant les Gaulois : les Ligures »


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